mercredi 23 mars 2016

Programme pour la Suisse du 21ème siècle


Beaucoup de personnes dans ce pays (et partout dans le monde) considèrent que la priorité numéro une, le programme le plus important et le plus urgent pour ce 21ème siècle est la protection de l’environnement. Qui pourrait le contester ? La protection de l’environnement, la recherche de la durabilité, la réduction du gaspillage, le frein au réchauffement climatique constituent évidemment des efforts indispensables et louables.

L’écologie, c’est bien…

Réfléchissant à la situation dans laquelle se trouve notre pays, ma conviction est pourtant différente : je relègue ce qui précède, donc la protection de l’environnement, au deuxième rang. Pour la Suisse, il y a aujourd’hui plus important, bien plus important. Attention : ne me faites pas dire ce que je ne dis pas : pas question de se remettre à gaspiller nos ressources, polluer, relâcher le combat dans ce domaine. Et la Confédération doit évidemment collaborer avec toutes les autres nations pour stabiliser et réduire la pollution globale.

… notre futur, c’est mieux !

Mais notre principal souci doit aujourd’hui, à mon avis, être tout autre et nous mobiliser encore bien plus fortement. De quoi s’agit-il ? Rien de moins que d’assurer le bien-être économique des générations futures de ce pays, de nos enfants, petits-enfants et arrière petits-enfants. Si ce n’est pas fait ou ne réussit pas, nous risquons fort d’assister à un appauvrissement dramatique de notre population au cours des prochaines décennies.
Comme presque partout dans le monde occidental, le niveau de richesse des Suisses, leur confort de vie, a fortement augmenté après la Deuxième guerre mondiale, faisant de nous en majorité une population de nantis.  Le fait que nous ayons pu rester hors de cet horrible conflit y est certainement pour beaucoup. Nous figurons parmi les plus riches au monde, notre niveau de vie est très élevé. Et les nombreuses crises que les différents secteurs de notre économie ont traversées (l’industrie d’exportation notamment) n’ont jusqu’à présent pas vraiment péjoré cette situation.

Voyants au rouge

Aujourd’hui la situation est différente et, à notre avis,  réellement inquiétante. Les signes alarmants sont partout. Tout ce qui a traditionnellement fait la prospérité de notre pays  est handicapé par le coût de la main d’œuvre indigène et la cherté de notre devise, menacé par les régulations de plus en plus contraignantes et la surveillance exercée par les autorités. Certes, nos grandes multinationales survivront. Mais, probablement en produisant ailleurs et, dans le futur, même en développant leurs produits dans des environnements plus cléments. Leur futur réside dans une mondialisation totale, pas dans la préservation de places de travail dans notre pays.
Nos pharmas sont, comme partout, confrontées aux efforts de faire baisser les coûts de la santé. Notre horlogerie est confinée au très haut de gamme et dépend très (trop ?) fortement de certains marchés émergents soumis à de fortes variations, le ralentissement chinois le prouve en ce moment. L’industrie des machines, si prospère par le passé, quoique traditionnellement aux abois, est fortement pénalisée par le coût de la main d’œuvre et la cherté du franc. Nos banques, observées de plus en plus près par les autorités, ne peuvent plus bénéficier de la gestion de revenus et fortunes considérables que leurs propriétaires cherchent à dissimuler. Le tourisme, autre mamelle traditionnelle de notre économie, est sérieusement menacé par le haut niveau de ses prix et de ses coûts. Et nos entreprises électriques, presqu’entièrement dans les mains des communautés publiques, n’arrivent pas à produire du courant au prix du marché. Sans parler de nos distributeurs dans le commerce de détail qui, dans les régions limitrophes, souffrent du tourisme d’achat dû aux différences de prix énormes de part et d’autre des frontières, en particulier dans l’alimentaire, et sont donc obligés de réduire leur personnel. N’oublions finalement pas les agriculteurs, coincés entre des coûts de production élevés et une forte pression sur le prix de leur travail, incapables, sans barrières douanières, de se battre contre les produits d’importation.

Rente de situation ?

Bref, les signes menaçants sont partout. Il n’est pas un seul de nos secteurs traditionnels de création de richesses qui ne soit sérieusement menacé. La seule branche en croissance à l’heure actuelle dans notre pays paraît être le service public, les administrations. Cela crée bien sûr des emplois, bien rémunérés par ailleurs (tant mieux pour ceux qui y travaillent). Le problème est que ce secteur ne crée aucune richesse. Indispensable, il va sans dire, il n’occasionne malheureusement que des coûts.
En comparaison avec nos voisins européens, nous nous trouvons au sommet d’une tour très haute, mais de plus en plus mince. Une situation invraisemblable et fragile qui ne tient pour le moment que par l’inertie des choses, les richesses accumulées au cours d’années de prospérité, mais qui peut difficilement durer à long terme, le déséquilibre est trop flagrant. Nous vivons d’une rente de situation.

Voyons aussi le positif

Il subsiste heureusement encore des points positifs. Nos grandes multinationales, malgré le franc fort, tirent encore leur épingle du jeu. Et beaucoup d’entités plus petites s’imposent par leur dynamisme et leur esprit d’innovation. Nos Écoles polytechniques, à la pointe sur le plan mondial, jouent parfaitement leur rôle d’incubateur de jeunes pousses. Le secteur du négoce de matières premières trouve encore un climat favorable chez nous. Et de nombreuses multinationales établissent toujours et encore leur siège ici, quoique tout aussi promptes à repartir dès qu’elles trouvent un plus grand intérêt ailleurs.  Nous profitons pour le moment encore d’un taux de chômage incroyablement bas en comparaison avec nos voisins. Une statistique qu’il s’agit pourtant de surveiller au vu des licenciements récents et massifs dans de nombreux secteurs : banques, entreprises de télécommunication, industrie et distribution. Le plus grave est que nos problèmes sont aussi bien conjoncturels que structurels.

Déflation devant la porte ?

Que pourrait-il se passer ? Il n’est jamais agréable de jouer les Cassandre et, de caractère optimiste, j’ai plutôt tendance à espérer que les choses vont s’améliorer. Je suis pourtant persuadé que, lentement (espérons-le) mais sûrement, la situation dans notre pays va se dégrader. Les salaires vont baisser et le taux de chômage augmenter. Pas seulement dans les métiers les moins bien payés, mais aussi à l’échelon intermédiaire et pour beaucoup de personnes très qualifiées. Le « bourgeois suisse » sera touché dans sa substance. Forcément donc, les prix des marchandises et services vont aussi baisser, devront baisser, substantiellement. Dans tous les secteurs, alimentaire, santé, logement, transports, les marges devront être réduites, les coûts rabotés, les budgets réduits. Situation que l’on désigne par le bien vilain nom de déflation. Personne ne le souhaite évidemment : c’est un déshonneur, un aveu d’échec. La déflation représente-t-elle l’unique voie de sortie pour notre pays, nolens volens ? Un régime d’amaigrissement douloureux, mais finalement salutaire.

Perspectives

Dans quelle situation les Suisses se trouveront-ils dans dix ou vingt ans ? Aurons-nous retrouvé la prospérité dans le contexte d’une économie mondiale sortie de son marasme ? Notre capacité d’agir à ce niveau est pratiquement nulle. Notre tissu économique, si efficace par le passé, va-t-il de lui-même trouver une solution, créer une nouvelle « branche » qui nous remettra sur la voie du succès ? Ou, au contraire, le marasme va-t-il perdurer et même s’aggraver ? Les jeunes seront-ils au chômage durant de nombreuses années après leur formation comme dans beaucoup de pays européens ? Faudra-t-il cumuler des jobs pour survivre ? Émigrer vers des pays où la prospérité est possible (s’il en reste encore) ? L’assistance publique devra-t-elle soutenir une large frange de la population, avec quels moyens alors ? Assistera-t-on à une réduction notoire des services hors des grands centres et grands axes ? Faudra-t-il attendre très longtemps pour se faire soigner ?

Que faire ?

Si le danger décrit ci-dessus est aussi grave et imminent que nous le pensons, que faire alors ? Les solutions, si elles existent, ne se trouveront pas au coin de la rue. Faut-il agir ou laisser les choses aller, espérant qu’elles s’amélioreront d’elles-mêmes ? Le simple péquin peut-il influencer cette situation ? Nos politiciens doivent-ils intervenir ? Faut-il laisser l’initiative à nos entreprises ?
Ce qui est certainement nécessaire, c’est que le public, les milieux politiques, les dirigeants prennent sérieusement conscience de la situation. Qu’on en débatte ouvertement et intensément. Qu’on analyse les différents pans de notre économie pour en connaître l’état, cerner leurs perspectives et découvrir de nouveaux débouchés. Qu'on y consacre toute notre énergie. Un sacré programme !



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