mardi 8 mars 2016

Carrière professionnelle: réagir aux défis

Qui d’entre nous ne s’est jamais inquiété en constatant la rapidité des changements dans le monde qui nous entoure ? Ne s’est senti défié par des développements technologiques obligeant sans cesse d’assimiler du nouveau pour rester compétitif ? Menacé par la « nouvelle » gestion d’entreprise, où bien faire son travail ne suffit plus pour assurer sa place ? Indigné par le comportement de certains concitoyens qui ont oublié respect, politesse, amour du travail bien fait ? Dépassé par nos enfants qui intègrent plus facilement les nouvelles technologies ? Désemparé par le temps qui passe toujours plus vite ?

Boire des tasses?

La Suisse a connu après la 2ème Guerre mondiale une période de prospérité inégalée. Malgré les diverses crises (horlogerie, machines, pétrole), la majorité de la population s’est enrichie, la vie était facile (pour beaucoup d’entre nous …). À présent, les choses paraissent moins sereines. Nos destins sont de plus en plus intriqués avec ceux de nos voisins en situation moins enviable. La société n’en finit pas d’évoluer de l’ère industrielle vers celle des services et de la communication. Et la mondialisation érode tous les jours davantage les atouts qui nous restent.
Certains surfent avec brio sur cette vague. D’autres nagent avec toutes leurs forces vers un endroit où ils pensent avoir pied. Beaucoup d’entre nous restent le jouet des flots, boivent quelques tasses, sans savoir si et combien de temps ils garderont la tête au-dessus de l’eau.

Le monde change… toujours plus vite

Le monde change, mon gagne-pain et ma carrière sont en danger, comment vais-je survivre ? Notons, mais ce n’est pas une consolation, que des crises semblables ont maintes fois eu lieu dans notre pays et partout ailleurs depuis le début de l’ère industrielle. Mentionnons la mise à feu d’une filature à Uster (ZH) en 1832 par les ouvriers protestant contre l’introduction de métiers à tisser mécaniques. Ou la crise des années 1930 avec son chômage qui força beaucoup de nos compatriotes à émigrer vers d’autres continents.
L’introduction de machines toujours plus sophistiquées enlève leur travail à nombre de personnes : mais qui voudrait aujourd’hui encore récolter du coton ou serrer des boulons toute la journée. L’informatique rend les entreprises et administrations plus efficaces avec suppression de nombreux jobs… de gratte-papiers. Et la délocalisation transfère des tâches vers des pays à salaires inférieurs : encore des emplois perdus. En contrepartie, elle procure ici des postes dans les services et nous permet d’acquérir des biens à des prix supportables.
Nous en sommes conscients : douloureuses, ces mutations sont inéluctables et, à long terme, probablement profitables. Depuis le début de l’ère industrielle, l’amélioration des conditions de vie ont toujours passé par une réduction du travail humain.

Tirer son épingle du jeu ?

Comment, dans un tel contexte, tirer son épingle du jeu ? Il est évident que la société, le système, les employeurs ne nous garantissent plus un long fleuve tranquille jusqu’à la retraite, le risque de se retrouver hors circuit ou sur une voie de garage n’est absolument pas exclus.
Facile de prêcher, de dire, de se dire : « Prends ton destin en main, tu ne peux compter que sur toi ! » Beaucoup moins facile à mettre en pratique. C’est pourtant la seule voie. Mais elle n’implique pas forcément des changements personnels irréalisables ou de tout jeter par-dessus bord. En gros, à vingt ans, nous avons choisi un métier. À soixante et des poussières, nous passons à la retraite. Il est logique donc, de temps à autre, par exemple à mi-chemin, de faire le point (si possible avant d’y être obligé). Suis-je encore sur la bonne voie, dans la bonne place ? Suis-je satisfait de mon travail ? Mon métier, ma spécialisation  ont-t-ils de l’avenir ? Réfléchir sérieusement aux possibilités d’une seconde carrière, d’une nouvelle vie. Peut être tout de suite ou dans quelques années seulement. Je pense en guise d’exemple à une famille de nos voisins avec père horloger qui, lorsque j’étais enfant, a un jour émigré au Canada pour s’occuper d’une ferme. Un cas extrême, je l’avoue, il n’est pas donné à tout le monde d’accomplir un pas pareil.

Changer de carrière ?

Changer de carrière, de profession, de spécialisation est une décision difficile à prendre et les risques doivent évidemment être sérieusement pris en compte. Mais quel sont les risques si l’on ne fait rien ?
Quels sont mes atouts, mes talents, mes possibilités ? Qu’est-ce qui me freine (argent, obligations, famille, santé)? Que voudrais-je vraiment faire ? Quelle serait la solution idéale pour moi et ceux que j’aime ?
Il n’est jamais trop tard de réaliser ses rêves. Il est surtout indispensable de se réveiller et de songer sérieusement et en toute lucidité aux années de travail qui nous restent avant le repos mérité.
(Texte adapté d’une suite de trois articles publiés en 2015 dans la Revue Technique Suisse - Swiss Engineering)

©2016 Jean-Luc Perrenoud


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