mardi 16 août 2016

Lenovo sur le marché suisse en 2016

Lenovo : smartphones, portables, tablettes et serveurs

Au départ vendeur de postes de travail pour l’informatique, Lenovo a au cours de ces dernières années étendu sa gamme en y ajoutant smartphones, tablettes, PC portables, serveurs et même superordinateurs. Malgré la morosité actuelle du marché, elle compte bien challenger les leaders respectifs du marché dans chacun de ces domaines pour se positionner en pointe et si possible y rester.

Téléphonie mobile

« Nous voulons devenir et rester numéro trois mondial de la téléphonie mobile derrière Apple et Samsung » a déclaré Patrick Roettger, directeur de Lenovo Suisse, lors de sa présentation annuelle aux médias romands, annonçant que les « Motos », les smartphones Lenovo, sont à présent disponibles sur le marché suisse.  Rappelons que Lenovo a racheté en octobre 2014 à Google la ligne de téléphones mobiles Motorola  Mobility et que l’intégration de Motorola dans Lenovo est à présent terminée, ceci malgré les difficultés que cette opération a présenté et leur impact négatif sur les résultats financiers. Lenovo a pourtant encore un long chemin à parcourir dans ce domaine pour venir taquiner les leaders du marché.
Mentionnons pourtant parmi les modèles de smartphones le Moto Z auquel on peut, par aimantation, rattacher pile, haut-parleur ou projecteur ; le Moto X Force à écran IN-DES-TRUC-TIBLE quel que soit le traitement auquel il est soumis ; le Moto G4 avec son appareil de photo quasi professionnel (résolution 13 mégapixels, ouverture f2, écran Full HD de 5.5" et logiciel photo qui permet de régler séparément des paramètres tels que l’ouverture et la sensibilité ISO) ; enfin les prototypes d’un modèle souple qui s’enroule autour du poignet et d’une tablette pliable qui se transforme en téléphone.

Tendances du marché (selon Patrick Roettger) :

1. « Consumérisation » des terminaux. La séparation entre marché professionnel et privé tend à disparaître. Faut-il munir les employés de portables, tablettes ou smartphones ? Avec clavier ou écran tactile ? Windows ou Android ? De telles questions appartiennent largement au passé grâce à des modèles transformables qui combinent les différentes technologies, par exemple les portables Yoga. On parle de plus en plus souvent de « phablette », smartphone et tablette tout à la fois.
2. Consolidation des marchés. Au niveau des fabricants, des distributeurs et des  revendeurs.
3. Prolifération des serveurs cloud. Apparition de nombreux centres de calculs de dimension plus modeste, mais plus proches de l’utilisateur, venant s’interposer entre l’utilisateur et les gigantesques centres actuels.
4. Explosion du marché africain. On y a sauté plusieurs étapes, notamment celle du téléphone traditionnel. Le marché des smartphones y est en outre totalement déconnecté de celui des opérateurs.

Contexte économique

Comme tous ses concurrents, Lenovo évolue actuellement dans un contexte économique très difficile touchant toutes ses lignes de produit. L’année fiscale 2015 a été déficitaire, reflétant les difficultés de s’imposer sur le marché des serveurs et des téléphones portables, difficultés auxquelles s’ajoute actuellement une stagnation des ventes de PC. Réductions substantielles des coûts et du personnel, changements dans le management supérieur ont permis de redresser la barre pour rendre les deux derniers trimestres à nouveau profitables. Et Lenovo ambitionne toujours de rattraper les leaders mondiaux HP et Dell dans le monde des serveurs.

Rappelons finalement que la firme chinoise a acquis en 2011 le fabricant d’appareils électroniques et électroménagers allemand Medion AG lui ouvrant les portes de revendeurs tels qu’Aldi, Landi et Mediamarkt. 

mercredi 23 mars 2016

Programme pour la Suisse du 21ème siècle


Beaucoup de personnes dans ce pays (et partout dans le monde) considèrent que la priorité numéro une, le programme le plus important et le plus urgent pour ce 21ème siècle est la protection de l’environnement. Qui pourrait le contester ? La protection de l’environnement, la recherche de la durabilité, la réduction du gaspillage, le frein au réchauffement climatique constituent évidemment des efforts indispensables et louables.

L’écologie, c’est bien…

Réfléchissant à la situation dans laquelle se trouve notre pays, ma conviction est pourtant différente : je relègue ce qui précède, donc la protection de l’environnement, au deuxième rang. Pour la Suisse, il y a aujourd’hui plus important, bien plus important. Attention : ne me faites pas dire ce que je ne dis pas : pas question de se remettre à gaspiller nos ressources, polluer, relâcher le combat dans ce domaine. Et la Confédération doit évidemment collaborer avec toutes les autres nations pour stabiliser et réduire la pollution globale.

… notre futur, c’est mieux !

Mais notre principal souci doit aujourd’hui, à mon avis, être tout autre et nous mobiliser encore bien plus fortement. De quoi s’agit-il ? Rien de moins que d’assurer le bien-être économique des générations futures de ce pays, de nos enfants, petits-enfants et arrière petits-enfants. Si ce n’est pas fait ou ne réussit pas, nous risquons fort d’assister à un appauvrissement dramatique de notre population au cours des prochaines décennies.
Comme presque partout dans le monde occidental, le niveau de richesse des Suisses, leur confort de vie, a fortement augmenté après la Deuxième guerre mondiale, faisant de nous en majorité une population de nantis.  Le fait que nous ayons pu rester hors de cet horrible conflit y est certainement pour beaucoup. Nous figurons parmi les plus riches au monde, notre niveau de vie est très élevé. Et les nombreuses crises que les différents secteurs de notre économie ont traversées (l’industrie d’exportation notamment) n’ont jusqu’à présent pas vraiment péjoré cette situation.

Voyants au rouge

Aujourd’hui la situation est différente et, à notre avis,  réellement inquiétante. Les signes alarmants sont partout. Tout ce qui a traditionnellement fait la prospérité de notre pays  est handicapé par le coût de la main d’œuvre indigène et la cherté de notre devise, menacé par les régulations de plus en plus contraignantes et la surveillance exercée par les autorités. Certes, nos grandes multinationales survivront. Mais, probablement en produisant ailleurs et, dans le futur, même en développant leurs produits dans des environnements plus cléments. Leur futur réside dans une mondialisation totale, pas dans la préservation de places de travail dans notre pays.
Nos pharmas sont, comme partout, confrontées aux efforts de faire baisser les coûts de la santé. Notre horlogerie est confinée au très haut de gamme et dépend très (trop ?) fortement de certains marchés émergents soumis à de fortes variations, le ralentissement chinois le prouve en ce moment. L’industrie des machines, si prospère par le passé, quoique traditionnellement aux abois, est fortement pénalisée par le coût de la main d’œuvre et la cherté du franc. Nos banques, observées de plus en plus près par les autorités, ne peuvent plus bénéficier de la gestion de revenus et fortunes considérables que leurs propriétaires cherchent à dissimuler. Le tourisme, autre mamelle traditionnelle de notre économie, est sérieusement menacé par le haut niveau de ses prix et de ses coûts. Et nos entreprises électriques, presqu’entièrement dans les mains des communautés publiques, n’arrivent pas à produire du courant au prix du marché. Sans parler de nos distributeurs dans le commerce de détail qui, dans les régions limitrophes, souffrent du tourisme d’achat dû aux différences de prix énormes de part et d’autre des frontières, en particulier dans l’alimentaire, et sont donc obligés de réduire leur personnel. N’oublions finalement pas les agriculteurs, coincés entre des coûts de production élevés et une forte pression sur le prix de leur travail, incapables, sans barrières douanières, de se battre contre les produits d’importation.

Rente de situation ?

Bref, les signes menaçants sont partout. Il n’est pas un seul de nos secteurs traditionnels de création de richesses qui ne soit sérieusement menacé. La seule branche en croissance à l’heure actuelle dans notre pays paraît être le service public, les administrations. Cela crée bien sûr des emplois, bien rémunérés par ailleurs (tant mieux pour ceux qui y travaillent). Le problème est que ce secteur ne crée aucune richesse. Indispensable, il va sans dire, il n’occasionne malheureusement que des coûts.
En comparaison avec nos voisins européens, nous nous trouvons au sommet d’une tour très haute, mais de plus en plus mince. Une situation invraisemblable et fragile qui ne tient pour le moment que par l’inertie des choses, les richesses accumulées au cours d’années de prospérité, mais qui peut difficilement durer à long terme, le déséquilibre est trop flagrant. Nous vivons d’une rente de situation.

Voyons aussi le positif

Il subsiste heureusement encore des points positifs. Nos grandes multinationales, malgré le franc fort, tirent encore leur épingle du jeu. Et beaucoup d’entités plus petites s’imposent par leur dynamisme et leur esprit d’innovation. Nos Écoles polytechniques, à la pointe sur le plan mondial, jouent parfaitement leur rôle d’incubateur de jeunes pousses. Le secteur du négoce de matières premières trouve encore un climat favorable chez nous. Et de nombreuses multinationales établissent toujours et encore leur siège ici, quoique tout aussi promptes à repartir dès qu’elles trouvent un plus grand intérêt ailleurs.  Nous profitons pour le moment encore d’un taux de chômage incroyablement bas en comparaison avec nos voisins. Une statistique qu’il s’agit pourtant de surveiller au vu des licenciements récents et massifs dans de nombreux secteurs : banques, entreprises de télécommunication, industrie et distribution. Le plus grave est que nos problèmes sont aussi bien conjoncturels que structurels.

Déflation devant la porte ?

Que pourrait-il se passer ? Il n’est jamais agréable de jouer les Cassandre et, de caractère optimiste, j’ai plutôt tendance à espérer que les choses vont s’améliorer. Je suis pourtant persuadé que, lentement (espérons-le) mais sûrement, la situation dans notre pays va se dégrader. Les salaires vont baisser et le taux de chômage augmenter. Pas seulement dans les métiers les moins bien payés, mais aussi à l’échelon intermédiaire et pour beaucoup de personnes très qualifiées. Le « bourgeois suisse » sera touché dans sa substance. Forcément donc, les prix des marchandises et services vont aussi baisser, devront baisser, substantiellement. Dans tous les secteurs, alimentaire, santé, logement, transports, les marges devront être réduites, les coûts rabotés, les budgets réduits. Situation que l’on désigne par le bien vilain nom de déflation. Personne ne le souhaite évidemment : c’est un déshonneur, un aveu d’échec. La déflation représente-t-elle l’unique voie de sortie pour notre pays, nolens volens ? Un régime d’amaigrissement douloureux, mais finalement salutaire.

Perspectives

Dans quelle situation les Suisses se trouveront-ils dans dix ou vingt ans ? Aurons-nous retrouvé la prospérité dans le contexte d’une économie mondiale sortie de son marasme ? Notre capacité d’agir à ce niveau est pratiquement nulle. Notre tissu économique, si efficace par le passé, va-t-il de lui-même trouver une solution, créer une nouvelle « branche » qui nous remettra sur la voie du succès ? Ou, au contraire, le marasme va-t-il perdurer et même s’aggraver ? Les jeunes seront-ils au chômage durant de nombreuses années après leur formation comme dans beaucoup de pays européens ? Faudra-t-il cumuler des jobs pour survivre ? Émigrer vers des pays où la prospérité est possible (s’il en reste encore) ? L’assistance publique devra-t-elle soutenir une large frange de la population, avec quels moyens alors ? Assistera-t-on à une réduction notoire des services hors des grands centres et grands axes ? Faudra-t-il attendre très longtemps pour se faire soigner ?

Que faire ?

Si le danger décrit ci-dessus est aussi grave et imminent que nous le pensons, que faire alors ? Les solutions, si elles existent, ne se trouveront pas au coin de la rue. Faut-il agir ou laisser les choses aller, espérant qu’elles s’amélioreront d’elles-mêmes ? Le simple péquin peut-il influencer cette situation ? Nos politiciens doivent-ils intervenir ? Faut-il laisser l’initiative à nos entreprises ?
Ce qui est certainement nécessaire, c’est que le public, les milieux politiques, les dirigeants prennent sérieusement conscience de la situation. Qu’on en débatte ouvertement et intensément. Qu’on analyse les différents pans de notre économie pour en connaître l’état, cerner leurs perspectives et découvrir de nouveaux débouchés. Qu'on y consacre toute notre énergie. Un sacré programme !



mardi 8 mars 2016

Carrière professionnelle: réagir aux défis

Qui d’entre nous ne s’est jamais inquiété en constatant la rapidité des changements dans le monde qui nous entoure ? Ne s’est senti défié par des développements technologiques obligeant sans cesse d’assimiler du nouveau pour rester compétitif ? Menacé par la « nouvelle » gestion d’entreprise, où bien faire son travail ne suffit plus pour assurer sa place ? Indigné par le comportement de certains concitoyens qui ont oublié respect, politesse, amour du travail bien fait ? Dépassé par nos enfants qui intègrent plus facilement les nouvelles technologies ? Désemparé par le temps qui passe toujours plus vite ?

Boire des tasses?

La Suisse a connu après la 2ème Guerre mondiale une période de prospérité inégalée. Malgré les diverses crises (horlogerie, machines, pétrole), la majorité de la population s’est enrichie, la vie était facile (pour beaucoup d’entre nous …). À présent, les choses paraissent moins sereines. Nos destins sont de plus en plus intriqués avec ceux de nos voisins en situation moins enviable. La société n’en finit pas d’évoluer de l’ère industrielle vers celle des services et de la communication. Et la mondialisation érode tous les jours davantage les atouts qui nous restent.
Certains surfent avec brio sur cette vague. D’autres nagent avec toutes leurs forces vers un endroit où ils pensent avoir pied. Beaucoup d’entre nous restent le jouet des flots, boivent quelques tasses, sans savoir si et combien de temps ils garderont la tête au-dessus de l’eau.

Le monde change… toujours plus vite

Le monde change, mon gagne-pain et ma carrière sont en danger, comment vais-je survivre ? Notons, mais ce n’est pas une consolation, que des crises semblables ont maintes fois eu lieu dans notre pays et partout ailleurs depuis le début de l’ère industrielle. Mentionnons la mise à feu d’une filature à Uster (ZH) en 1832 par les ouvriers protestant contre l’introduction de métiers à tisser mécaniques. Ou la crise des années 1930 avec son chômage qui força beaucoup de nos compatriotes à émigrer vers d’autres continents.
L’introduction de machines toujours plus sophistiquées enlève leur travail à nombre de personnes : mais qui voudrait aujourd’hui encore récolter du coton ou serrer des boulons toute la journée. L’informatique rend les entreprises et administrations plus efficaces avec suppression de nombreux jobs… de gratte-papiers. Et la délocalisation transfère des tâches vers des pays à salaires inférieurs : encore des emplois perdus. En contrepartie, elle procure ici des postes dans les services et nous permet d’acquérir des biens à des prix supportables.
Nous en sommes conscients : douloureuses, ces mutations sont inéluctables et, à long terme, probablement profitables. Depuis le début de l’ère industrielle, l’amélioration des conditions de vie ont toujours passé par une réduction du travail humain.

Tirer son épingle du jeu ?

Comment, dans un tel contexte, tirer son épingle du jeu ? Il est évident que la société, le système, les employeurs ne nous garantissent plus un long fleuve tranquille jusqu’à la retraite, le risque de se retrouver hors circuit ou sur une voie de garage n’est absolument pas exclus.
Facile de prêcher, de dire, de se dire : « Prends ton destin en main, tu ne peux compter que sur toi ! » Beaucoup moins facile à mettre en pratique. C’est pourtant la seule voie. Mais elle n’implique pas forcément des changements personnels irréalisables ou de tout jeter par-dessus bord. En gros, à vingt ans, nous avons choisi un métier. À soixante et des poussières, nous passons à la retraite. Il est logique donc, de temps à autre, par exemple à mi-chemin, de faire le point (si possible avant d’y être obligé). Suis-je encore sur la bonne voie, dans la bonne place ? Suis-je satisfait de mon travail ? Mon métier, ma spécialisation  ont-t-ils de l’avenir ? Réfléchir sérieusement aux possibilités d’une seconde carrière, d’une nouvelle vie. Peut être tout de suite ou dans quelques années seulement. Je pense en guise d’exemple à une famille de nos voisins avec père horloger qui, lorsque j’étais enfant, a un jour émigré au Canada pour s’occuper d’une ferme. Un cas extrême, je l’avoue, il n’est pas donné à tout le monde d’accomplir un pas pareil.

Changer de carrière ?

Changer de carrière, de profession, de spécialisation est une décision difficile à prendre et les risques doivent évidemment être sérieusement pris en compte. Mais quel sont les risques si l’on ne fait rien ?
Quels sont mes atouts, mes talents, mes possibilités ? Qu’est-ce qui me freine (argent, obligations, famille, santé)? Que voudrais-je vraiment faire ? Quelle serait la solution idéale pour moi et ceux que j’aime ?
Il n’est jamais trop tard de réaliser ses rêves. Il est surtout indispensable de se réveiller et de songer sérieusement et en toute lucidité aux années de travail qui nous restent avant le repos mérité.
(Texte adapté d’une suite de trois articles publiés en 2015 dans la Revue Technique Suisse - Swiss Engineering)

©2016 Jean-Luc Perrenoud


jeudi 15 octobre 2015

La révolution digitale redistribue les cartes

Ittingen 2015 : La révolution digitale redistribue les cartes


Chaque fin d’été, IBM invite les journalistes à une journée de réflexion à la vieille chartreuse d’Ittingen dans le canton de Thurgovie. L’occasion de prendre l’air du temps et de faire le point sur un sujet d’actualité. En 2014, c’était : l’ordinateur intelligent, menace pour l’homme ? Cette fois-ci : le bouleversement des marchés et modèles d’affaires causé par la révolution digitale.
Parmi les interlocuteurs cette année figuraient Peter Kasahara d’IBM (« Les braconniers du digital arrivent et bouleversent les modèles traditionnels ») ; le prof. Jan Marco Leimeister de l’Université de St Gall (« Crowdsourcing et Crowd Work - nouvelles formes du travail digital) ; Leo Caprez de l’Impact Hub Zurich (« Le futur de l’économie est-il digital ? Les startups suisses montrent le chemin ») ; Karin Vey d’IBM Research (« Le nouveau partenariat homme - machine. Manuel des bonnes relations »).
Concentrons-nous ici sur la première contribution. Résumé de la présentation de Kasahara et remarques personnelles.

Les braconniers du digital arrivent… et bouleversent les modèles d’affaires traditionnels

Uber pour les transports, Airbnb pour l’hôtellerie ;Tripadvisor et consorts pour les voyages ; Spotify pour la musique ; Netflix pour les films ; Google pour la publicité ; encore Google avec Apple et Facebook pour les services financiers ; et bien d’autres encore. Tous sèment la pagaille dans leur domaine au point d’obliger les acteurs traditionnels à chercher la protection des autorités (taxis et hôteliers), à essayer d’imiter les nouveaux venus ou à abandonner. Reste-t-il encore des agences de mariage ? Quand la dernière vidéothèque fermera-t-elle ses portes, la dernière librairie, la dernière agence de voyages ?

Iconoclastes

L’arrivée de sociétés iconoclastes exploitant à fond les possibilités d’internet pour détourner les utilisateurs des acteurs traditionnels bouleverse les marchés et menace des professions entières, des entreprises et des emplois dans presque tous les domaines. Le smartphone avec ses apps devient l’arme stratégique pour contrôler à qui le client s’adresse pour obtenir le produit ou service qu’il désire (ou qu’on veut lui faire désirer). Les déplacements en transports publics, et bientôt dans la voiture sans chauffeur, sont le moment idéal pour faire son marché sur internet et, pour les fournisseurs, influencer les choix.
En déplacement dans la voiture sans chauffeur, les enfants crient famine et pause pipi. L’écran interactif  propose diverses possibilités à proximité. Hamburgers, pizza ? Ils font leur choix et la voiture les y amène d’elle-même, aussi simple que ça. Les restaurants environnants ont évidemment tout intérêt à ne pas manquer sur la liste, donc à investir pour y figurer !

Technologies de rupture

Nom de ce phénomène : « technologies de rupture », « disruptive technologies » en anglais.
La digitalisation et ses technologies perturbatrices sont en train de révolutionner tous les domaines de l’économie et de détruire de nombreux modèles d’affaires traditionnels. Aucune industrie, aucune personne n’est à l’abri. De nouvelles entreprises exploitant à fond ces possibilités mettent à mal les acteurs traditionnels et détruisent leurs positions acquises. Heureusement, les nouveaux venus ne font pas toujours tout juste et les anciens ne disparaîtront pas du jour au lendemain. Beaucoup de frictions et d’ajustements auront lieu. Mais la tendance est inéluctable et, bon sang !, s’impose à un rythme vertigineux.

Invasions barbares

Qui sont ces envahisseurs, ces barbares qui viennent semer le trouble dans l’établissement économique et culturel hérité du 20ème siècle ? Pour le moment, principalement des grandes sociétés américaines, les Amazon, Google, Apple. Mais aussi des nouveaux venus, dont ceux cités plus haut, ainsi que des startups dont certaines deviendront certainement les géants de demain. En Asie, des entreprises telles qu’Alibaba, Tencent, Baidu et beaucoup d’autres cherchent à surfer sur cette vague, s’établir mondialement et contrôler des chaînes entières d’approvisionnement. Des compagnies d’investissement acquièrent des sociétés dans le monde entier, telles le Chinois HNA Group (acquéreur de Swissport) ou encore Cevian Capital  (ABB, Panalpina, Volvo, ThyssenKrupp, Bilfinger).

Comment réagir ?

D’abord, plutôt que de se reposer sur des lauriers fanés ou râler, jouer le jeu. Ringier et Tamedia, principaux acteurs suisses du domaine des médias, l’ont compris en investissant dans plusieurs sociétés et produits numériques. Comprendre ensuite, Google et beaucoup d’autres en ont fait leur beurre, que les données sont la ressource naturelle du futur. Exploiter donc à fond les possibilités d’utilisation et d’analyse des données. Pas seulement celles contenues sur son propre système, mais les mettre en relation avec d’autres sources.

Weather is business

Par exemple les données météorologiques. La météo, c’est du business. Dans une ville italienne où nous étions récemment, les vendeurs des rues qui normalement vous harcèlent avec des bâtons à selfies et colifichets, proposent soudain des parapluies à la première goutte de pluie. La météo détermine les ventes dans l’habillement, le tourisme, l’assurance, la nourriture et beaucoup d’autres domaines. Elle influence en fait presque chaque décision de dépense.
Les données géographiques constituent une autre source stratégique. Google en a fait sa spécialité.

Jeunes et vieux

« Se gagner » ses clients. Notamment les jeunes. S’adapter à leur manière de vivre et de consommer. Ils font davantage confiance à leurs collègues et amis, aux modes, plutôt qu’à la publicité. Leur grande majorité tient compte des commentaires déposés sur internet avant d’acheter et se décide après discussion avec des personnes de confiance. Écouter, participer, créer des écosystèmes est aujourd’hui plus profitable que l’approche paternaliste des entreprises de la génération précédente.
À l’opposé : les aînés. Ils représentent un pouvoir d’achat important, mais avec des besoins spécifiques. Leur offrir des palettes de services et produits axés sur leurs besoins et envies (santé, voyages, culture, hobbies). Permettre ainsi peut être même de réduire les coûts sociaux d’une prise en charge lorsqu’elle devient nécessaire. Et puisque toute cette réflexion a été sponsorisée par un séminaire IBM, mentionnons que cette société s’est alliée au Japon avec Apple et la Poste nippone pour créer une plateforme portail destinée aux séniors de ce pays.

Mission impossible ?

Les entreprises traditionnelles sont-elles capables de changer de paradigme, d’adopter de nouveaux modèles de business, de passer au « web 2.0 ou 3.0 », de devenir à leur tour des acteurs de rupture ? Peu probable pour la grande majorité d’entre elles. Beaucoup sont en outre freinées par des composantes sociales et/ou politiques, leur liberté d’innover est limitée. On pense par exemple à nos régies publiques qui, en contrepartie, jouissent d’une certaine protection qui ne les met pourtant pas totalement à l’abri des nouveaux-venus iconoclastes. Mais même parmi celles qui ont toute liberté de s’adonner au capitalisme « pur et dur », combien dorment sur leurs lauriers, manquent les virages importants, s’essoufflent, suivent à la traîne les nouvelles tendances, refusent d’accepter la réalité ! N’oublions jamais Kodak, mort de ne pas avoir cru à la photo digitale. Et, dans le monde des télécoms, Nokia ou RIM (Blackberry). Également le géant Microsoft qui s’évertue à se faire une place dans les nouveaux marchés, mais n’arrive pas vraiment à dépasser ses domaines traditionnels.

À suivre !

mercredi 1 octobre 2014

Intelligence artificielle, informatique cognitive : qu’a donc l’ordinateur que je n’ai pas ?


 

L’intelligence artificielle (AI) est de nouveau à la mode. Pas seulement parce que les machines sont aujourd’hui bien plus performantes qu’à la naissance de cette discipline il y a un demi siècle. L’AI était aussi le sujet de la traditionnelle rencontre annuelle d’IBM avec les médias lors de laquelle l’informatique cognitive a été mise sous la loupe du point de vue technique, social et philosophique. Depuis que des machines telles que l’IBM Watson sont clairement plus fortes que les humains à différents jeux et se montrent meilleurs experts dans de nombreux domaines, on peut se poser la question où tout cela va nous mener, si l’on aura encore besoin de nous dans le futur et quel rôle nous devrons/oserons/pourrons jouer. 

Depuis que les ordinateurs existent on a tenté de les utiliser pour simuler le fonctionnement de la pensée humaine. Sous le nom Intelligence artificielle, on s’est attelé au début des années soixante à des tâches telles que la logique formelle, la reconnaissance de la parole, la traduction de textes ou encore le jeu d’échecs. Le manque de performance des ordinateurs d’alors a certainement été l’une des raisons de résultats plutôt décevants.  Plus tard, les dénommés systèmes experts ont connu leur heure de gloire dans les années quatre-vingt, mode qui a disparu aussi rapidement qu’elle était apparue : outre des cas triviaux, les ordinateurs n’étaient pas mûrs pour prendre des décisions réelles.

Renaissance

Un demi-siècle après la naissance de cette discipline, la situation est totalement différente. Les puissances de calcul et capacités de mémoire ont crû de façon exponentielle et, presque plus important, toutes les machines sont à présent reliées entre elles. Les systèmes de reconnaissance vocale et de traduction sont aujourd’hui réellement utilisables quoiqu’encore imparfaits  et les ordinateurs battent les humains à des jeux tels que les échecs ou Jeopardy! Plus intéressants encore sont des exemples tels que l’utilisation de la machine Watson d’IBM utilisée pour aider les médecins à établir le diagnostic et à choisir la thérapie la plus appropriée dans le traitement du cancer. Un système expert qui cette fois ne base pas ses suggestions sur la logique formelle, mais sur l’immense base de connaissances du domaine.

Évolution des matériels

Martin Schmatz, Manager Cloud Server Technology chez IBM Research Zurich, intitula sa contribution à ce séminaire « L’informatique cognitive, où en sommes-nous et où mène le voyage ». Sur le plan technique, la loi de Moore (miniaturisation incessante) restera valable, par contre il ne faut plus s’attendre à des accroissements de vitesse spectaculaires avec les architectures actuelles. Les solutions banalisées (batteries d’unités X86)  sont aujourd’hui déjà et seront certainement au cours des dix prochaines années progressivement remplacées par des architectures spécialisées en vue de tâches précises, l’exploitation de bases de données ou la réseautique par exemple. Ceci avant que, vers 2025 et au delà, des ordinateurs de nouveaux types tels que quantiques, ADN, neuronaux ou autres ne viennent s’imposer.  Les tâches de type cognitif représenteront par contre certainement une charge toujours plus fréquente.
 
Martin Schmatz: Les tâches de type cognitif  représenteront une charge toujours plus fréquente
 

Tâches cognitives

Par cognitif nous entendons, expliqua Martin Schmatz, « qui est en relation avec des activités mentales telles que la perception, la réflexion, la compréhension, l’apprentissage, le souvenir ». En informatique, cela revient, par exemple, à extraire des connaissances utiles de grandes quantités de données. Les recherches sur le fonctionnement du cortex humain ne vont pas seulement faire progresser la médecine du cerveau, mais aussi contribuer à traiter de façon efficace les données provenant d’un grand nombre de senseurs, de mieux comprendre des questions posées en langage naturel et de mieux ordonner et visualiser des relations entre données. 

Intelligence collective

Le professeur Abraham Bernstein de l’Institut d’informatique de l’Université de Zurich parla, pour sa part, de la « Programmation du cerveau global » : comment mobiliser un grand nombre de personnes (des centaines, milliers ou davantage encore) pour, en exploitant leur intelligence collective, résoudre des tâches mieux, moins cher et plus rapidement. Se servir d’une « informatique sociale » pour mobiliser l’intelligence collective. Faut-il pour cela un système d’exploitation social, un langage de programmation, de l’ingénierie logicielle ? Comment mobiliser des individus afin qu’ils contribuent ? Une expérience fut effectuée à son Institut pour faire accomplir la tâche suivante : bien traduire 10 pages d’allemand en anglais en 20 minutes pour 10 $. Les candidats, dénommés « CrowdWorkers », pouvaient faire des offres pour des tâches particulières, par exemple la traduction d’une phrase, et étaient d’abord testés quant à leur aptitude. Les tâches furent ensuite attribuées par le « CrowdManager ». Plus de 1000 essais fournirent de très bonnes traductions, en général moins cher que sur le marché. L’avenir appartient-il aux « Crowdsweatshops » ?

Comprendre et apprendre

Haig A. Peter, Executive Briefing Consultant à l’Industry Solutions Lab d’ IBM parla des scénarios d’application de machines à capacités cognitives. Les moteurs de recherche traditionnels ne comprennent en général pas le contexte des questions posées. Un ordinateur doté de capacités cognitives tel que Watson comprend la question et son contexte, rassemble des données à partir des sources existantes, détermine des réponses sur la base d’une analyse fondée et fait des propositions assorties d’un niveau de confiance. Watson reconnait aussi de nouveaux contextes et, pour enrichir ses connaissances, prend en compte les réactions aux résultats qu’il propose et les solutions finalement adoptées.
Haig A. Peter: Watson comprend la question et son contexte
 

Maison vide

Peut-être la haute philosophie nous aidera-t-elle à découvrir ce que nous avons qu’il n’a pas! Sous le titre « Watson contre Sherlock - Faut-il ou non avoir peur de l’ordinateur ? » le prof. Georg Kohler du Séminaire philosophique de l’Université de Zurich releva tout de même une différence essentielle entre l’esprit et la machine. Watson saura peut-être un jour composer des sonnets merveilleux, mais il n’aura toujours pas conscience de lui-même. Personne n’habite à l’intérieur de l’ordinateur, la maison est vide. Les humains ont la capacité de se remettre en question, de changer leur point de vue, qu’en est-il de la machine? Nos sentiments sont finalement la dernière instance avant toute décision. Chaque nouvelle ouverture (technologique) nous oblige aussi à établir de nouvelles règles.  Le prof. Kohler laissa finalement les participants sur plusieurs questions : la dépendance de la technologie entraîne-t-elle une perte de nos capacités ? Pouvons-nous faire confiance à une machine de fournir des réponses correctes ?
Georg Kohler: Personne n'habite à l'intérieur de l'ordinateur, la maison est vide.
 

À quoi pense la machine ?

La question « Que répond la machine lorsqu’elle se demande si elle pense ? » servit d’introduction à la discussion plénière modérée par Philipp Löpfe, journaliste et auteur de livres. Abraham Bernstein constata qu’on ne construit aujourd’hui plus de machines destinées à imiter l’être humain, mais qu’on leur confie des tâches considérées comme intelligentes par le passé. Prestations intellectuelles, rationalité et capacité de décision peuvent être programmées, pas l’intelligence ou la créativité. Martin Schmatz estima pour sa part que le hasard reste un facteur essentiel alors qu’on ne tolérera jamais qu’une machine commette une erreur. Accomplir des tâches intelligentes ne veut pas forcément dire que l’on soit intelligent.
 
Abraham Bernstein: Intelligence et créativité ne peuvent pas être programmées
 

À quoi pouvons-nous encore servir ?

La discussion se concentra ensuite sur la question lancinante des tâches qui resteraient finalement du ressort de l’être humain. Les machines détruisent le marché du travail, les humains ont-ils perdu leur utilité ? Est-ce la fin du travail ? Que faire alors pour ne pas s’abêtir? Faut-il inventer de nouvelles formes de travail? Dans ce contexte, Carl Frey & Michel Osborne (www.watson.com) ont tenté de déterminer dans quelle mesure les différentes professions sont menacées par l’informatique cognitive. Selon leur étude, dentistes, entraîneurs sportifs, pasteurs et rédacteurs ont moins de 10% de chances de devenir obsolètes. À l’autre bout du spectre, vendeurs de grands magasins, comptables et vendeurs de téléphones ont plus de 90% de chances de disparaître.

Sphères élevées

Le débat se déplaça finalement dans des sphères plus élevées encore:
Ce développement est-il finalement positif ou négatif ? Une opportunité ou une menace ? Malheureusement nous avons souvent le tort de faire des prédictions en regardant dans le rétroviseur.

Faut-il remplacer la démocratie par une technocratie? Les problèmes actuels (alimentation, santé, environnement) sont des problèmes de distribution qui seraient probablement mieux résolus dans une technocratie. Serviteurs de la technocratie, les outils devraient logiquement améliorer le sort de tous les êtres humains.

La machine est-elle capable de distinguer l’ami de l’ennemi ? Est-il éthique de laisser un ordinateur décider où tombent les bombes?

Une fois encore, tout est remis sur le dos de la formation. L’important  n’est pas ce qu’on apprend, mais d’apprendre à apprendre. Apprendre à penser de multiples façons, ne pas seulement appliquer des recettes. L’école ne nous forme aujourd’hui pas pour les tâches qui resteront à charge de l’être humain.

                                                                                           

lundi 25 novembre 2013

Musée Bolo, mémoire de l'informatique




Le Musée Bolo : mémoire de la technologie informatique


« Disparition programmée » : c’est le nom de l’exposition présentée au musée Bolo à Dorigny (Lausanne). Créé en 2002, ce musée possède plusieurs milliers d’ordinateurs et objets de la technologie informatique, dont trois superordinateurs Cray et un Blue Gene/P récemment reçu d’IBM. On y trouve également des machines rares ou célèbres telles que l’Apple Lisa, l’IMSAI 8080, le PET Commodore, le TI 99/4A et le PDP-11. Ceux d’entre nous qui ont connu ce développement se souviendront avec émotion des temps où ils se battaient avec des télétypes, écrans verts, cartes perforées et disquettes géantes.

Les générations d‘ordinateurs disparaissent du paysage informatique aussi rapidement qu’elles y ont apparu, chaque année apporte son lot de nouveaux produits plus modernes et plus performants. Rares sont les fabricants d’ordinateurs du vingtième siècle qui ont survécu, ceci dans tous les domaines : superordinateurs, serveurs et ordinateurs personnels. Les moyens de communication offerts par internet et les multiples gadgets dont nous disposons sur nos smartphones, lit-on dans la brochure de présentation du musée Bolo, nous font oublier les nombreuses étapes qui ont conduit au monde numérique dans lequel nous vivons aujourd’hui. Sans les machines aujourd’hui dépassées, sans les pionniers qui les ont développées et fabriquées, nous n’aurions jamais atteint l’état actuel. Les machines d’hier présentes dans le musée témoignent du chemin parcouru et montrent la voie vers le futur.
 
 
Le musée Bolo : mémoire de la technologie informatique
 

Pistes de la disparition


Les ordinateurs ne disparaissent pourtant pas seulement parce qu’ils sont constamment remplacés par de nouveaux modèles. Le musée indique cinq pistes liées au thème de la disparition :

·         Réduction: les machines gigantesques du vingtième siècle ont été miniaturisées à tel point qu’elles ne seront bientôt plus visibles à l’œil nu. En même temps elles ont augmenté de façon exponentielle leur puissance, vitesse et capacité.  

·         Camouflage: L’ordinateur se cache dans les objets du quotidien tels que machines à laver, brosses à dents, montres, téléphones ou jouets. La technique disparaît sous l‘emballage.

·         Oubli: La complexité technologique disparaît derrière des interfaces qui nous permettent de communiquer avec le monde entier et d’explorer l’univers.

·         Dissolution: Rapidement, les ordinateurs ont été reliés par des réseaux, puis par des réseaux de réseaux. Tel un morceau de sucre qui se dissout dans l’eau, l’ordinateur se dématérialise dans un nuage informatique.

·         Humanisation: L’ordinateur ne communique pas seulement avec l’homme de façon de plus en plus conviviale. Son intelligence augmente et dépasse même celle de l’être humain dans certain domaines.
 

Blue Gene/P


 IBM Blue Gene/P...en état de fonctionnement
 
L’ordinateur Blue Gene/P, récemment remis au musée Bolo par IBM, a été en service à l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL) de 20009 à début 2013, entre autres pour des calculs de simulation complexes dans le cadre du projet Blue Brain. La machine comportait quatre armoires dont une est exposée au musée et remise en marche occasionnellement. Elle était refroidie à l’eau et possédait une puissance de 47.7 téraflops (mille milliards d’opérations en virgule flottante par seconde. Elle pointait alors au 99ème rand des ordinateurs les plus puissants de la planète. Son successeur à l’EPFL, le Blue Gene/Q, dispose d’une puissance de 189 téraflops.

Cimetière de dinosaures

 

Cray 2, superordinateur mis en service en 1988...avec la puissance de calcul d'un iPhone
 
Trois autres « dinosaures » de la technologie informatique reposent au musée Bolo. Un Cray 2 (1988 - 1993) dont les 280’000 puces dégageaient une chaleur de 195 kW, évacuée par un liquide de refroidissement, le Fluoinert, spécialement développé par 3M. Sa mémoire comprenait 2 Go. La Cray T3D (installée en 1994) est équipée de 256 processeurs DEC Alpha de 150 MHz et de 16 Go de mémoire. Il s’agit de la première machine massivement parallèle de Cray. Les processeurs sont reliés entre eux en un tore tridimensionnel, d’où la désignation T3D. Le Cray XT4 (448 processeurs à double cœur, 896 Go mémoire, 5 gigaflops de puissance) a été mis en service en 2007 au Centro Svizzero di Calcolo Scientifico à Manno (Tessin). Un tiers de sa puissance était utilisée pour les prévisions météorologiques.  Grâce à lui, la durée des simulations pour des prévisions à 24 heures ont pu être réduites de 60 à 25 minutes. Cray avait décoré la machine avec une image du drapeau suisse. Une quatrième machine Cray, jadis en fonction au CERN, est en voie de restauration.
 

Le musée Bolo 

 

Fondé en 2002, le musée Bolo se trouve au sous-sol du département d’informatique de l’EPFL à Dorigny près de Lausanne. Indépendant de l’EPFL, il est géré par une fondation privée. Une association  liée à Yves Bolognini, le collectionneur et créateur du musée, se charge de la remise en état du matériel. Le musée est ouvert du lundi au vendredi de 8H à 19H. Entrée gratuite. www.bolo.ch.